LE DEUXIEME SEXE de SIMONE DE BEAUVOIR (Tome 1)
- mademoisellesennuie
- 7 mars 2024
- 5 min de lecture
Comment les sciences, l'histoire et les mythes ont stigmatisé les femmes ?

Pourquoi ce livre :
Parce que c'est un livre référence, "un classique" (et aucun membre du Club ne l'avait encore lu) .
Le pitch :
A travers les sciences, l'histoire et la littérature, Simone de Beauvoir dresse le portrait de ce que à quoi une femme correspond dans l'esprit des hommes et la difficulté pour les femmes de dépasser les limites, rôles, carcans dans lesquels elle a été enfermée. L'œuvre très documentée a du être un choc pour les lectrices et lecteurs lors de sa sortie, par sa modernité et son côté un peu cru et tranché. La lecture n'est pas facile aujourd'hui; les concepts de "transcendance" & "immanence" ne facilitent pas la compréhension du texte.
A retenir :
Réaliser que la fonction reproductrice chez la femme n'est pas restreinte à une saison par an. Biologiquement, le corps de la femme suit un mécanisme mensuel centré sur la production des meilleurs conditions pour la fécondation d'un ovule. La femme se voit donc imposée par son corps des phénomènes pouvant générer fatigue, douleurs, perturbations hormonales.
Remarquer que le chromosome différenciant pour le sexe est porté par l'apport génétique du père, via sa gamète, mais que si des conditions ou réactions favorisent un genre ou l'autre, elles sont à ce jour inconnu.
Se méfier des raccourcis, qui servent l'image de la femme castratrice, selon lesquels la menthe religieuse tue et mange son amant après le coït, et d'autres femelles dévorent leur petits. Ces phénomènes sont plus courants en captivité, quand ces animaux n'ont pas d'autres choix pour prendre des forces pour mener à bien leur gestation pour perpétuer l'espèce.
Prendre conscience que la gestation est un travail fatiguant qui ne présente pas de bénéfice physiologique individuel. La période de nausée/vomissement, appauvrissement en phosphore, calcium, fer; affaiblit la future mère.
S'interroger sur la servitude qu'impose l'allaitement.
Prendre acte que la femme est asservie à l'espèce et que ses capacités individuelles sont limitées par cet asservissement.
Réfléchir au lien entre volonté de la société à perpétuer la famille et à maintenir intact le patrimoine avec l'oppression de la femme : la notion de propriété privée a enchainé la femme au foyer du père puis du mari. La notion même d'adultère disparaît lorsque disparaît l'héritage (exemple de Sparte où prévalait un régime communautaire : les femmes n'étaient pas jalousement asservies à un maitre, ne possédant ni bien propre, ni descendance singulière , le citoyen ne possède pas non plus de femme)
Voir que derrière l'émancipation économique des femmes, se joue aussi l'émancipation politique : pour pouvoir agir autrement qu'en manifestant.
Savoir que certains droits étaient accordés aux femmes célibataires et divorcées et non aux femmes mariées. (exercice de certains métiers, détention de compte bancaire)
Comprendre que les travailleuses femmes au début du 19e siècle était plus honteusement exploitées que les travailleurs hommes. Une des causes est que les femmes n'ont d'abord pas su se défendre et s'organiser en syndicats. C'est une tradition de résignation et de soumission, un manque de solidarité et de conscience collective qui les laisse ainsi désarmées devant les nouvelles possibilités qui s'ouvrent à elles.
Les patrons les préfèrent aux hommes. "Elles font du meilleur travail et moins payé" Cette formule cynique éclaire le drame du travail féminin. Car c'est par le travail que la femme a conquis sa dignité d'être humain[…]
Tenir compte du fait que le salaire de la femme a d'abord été vu comme un salaire d'appoint pour le ménage, et l'ensemble des salaires féminin s'est aligné à ce niveau qui est le plus avantageux pour l'employeur.
Noter que la situation financière de la femme et non d'autres mystérieux paramètres inhérents aux femmes engendre le fait que les hommes la considère comme leur subordonnée.
Le privilège économique détenu par les hommes, leur valeur sociale, le prestige du mariage, l'utilité d'un appui masculin, tout engage les femmes à vouloir ardemment plaire aux hommes. Elles sont encore dans l'ensemble en situation de vassalité. Il s'ensuit que la femme se connaît et se choisit non en tant qu'elle existe pour soi mais telle que l'homme la définit. Il nous faut donc la décrire d'abord telle que les hommes la rêvent puisque son être-pour-les-hommes est un des facteurs essentiels de sa condition concrète.
Remarquer que la féminité est défini par un ensemble de critères hétérogènes qui correspond à l'idéal que l'on attend des femmes, en particulier les hommes, et non ce à quoi les femmes ressemblent ou aspirent en réalité.
S'interroger sur le fait que des femmes puissent se sentir ou être considérées comme incomplètes sans un homme et si la réciproque s'observe aussi.
Identifier la Femme à l'Altruisme, c'est garantir à l'homme des droits absolus à son dévouement, c'est imposer aux femmes un devoir-être catégorique
Mais selon la règle universelle que nous avons constatée, les catégories à travers lesquelles les hommes pensent le monde sont constituées de leur point de vue comme absolues : ils méconnaissent ici comme partout la réciprocité. Mystère pour l'homme, la femme est regardée comme mystère en soi.
Il a quantité d'avantages (le "mystère" féminin). Et d'abord il permet d'expliquer sans frais tout ce qui paraît inexplicable […] au lieu d'admettre son ignorance, il reconnaît hors de lui la présence d'un mystère : voilà un alibi qui flatte à la fois la paresse et la vanité.
L'homme n'aurait rien à perdre bien au contraire, s'il renonçait à déguiser la femme en symbole.
Reconnaître dans la femme un être humain, ce n'est pas appauvrir l'expérience de l'homme : celle-ci ne perdrait rien de sa diversité, de sa richesse, de son intensité […] ce n'est pas supprimer la poésie, l'amour, l'aventure, le bonheur, le rêve : c'est seulement demander que conduites, sentiments, passions soient fondés dans la vérité.
"La femme se perd. Où sont les femmes ? Les femmes d'aujourd'hui ne sont pas des femmes"; […] Aux yeux des hommes - et de la légion de femmes qui voient par ces yeux - il ne suffit pas d'avoir un corps de femme ni d'assumer comme amante, comme mère, la fonction de femelle pour être une "vraie femme"; à travers la sexualité et la maternité, le sujet peut revendiquer son autonomie; la "vraie femme" est celle qui s'accepte comme Autre. Il y a dans l'attitude des hommes d'aujourd'hui la duplicité qui crée chez la femme un déchirement douloureux; ils acceptent dans une assez grande mesure que la femme soit une semblable, une égale; et cependant ils continuent à exiger qu'elle demeure l'inessentiel; pour elle, ce deux destins ne sont pas conciliables; elle hésite entre l'un et l'autre sans être exactement adaptée à aucun et c'est de là que vient son manque d'équilibre […] les réussites autonomes de la femme sont en contradiction avec sa féminité puisqu'on demande à la "vraie femme" de se faire objet, d'être l'Autre.
Et sans doute il est plus confortable de subir un aveugle esclavage que de travailler à s'affranchir: les morts aussi sont mieux adaptés à la terre que les vivants. De toute façon un retour au passé n'est pas plus possible qu'il n'est souhaitable. Ce qu'il faut espérer , c'est que de leur côté les hommes assument sans réserve la situation qui est en train de se créer; alors seulement la femme pourra la vivre sans déchirement. Alors pourra être exaucé le vœux de Laforgue : " Ô jeunes filles, quand serez vous nos frères, nos frères intimes sans arrière-pensée d'exploitation ?[…]"
Application pratique :
Creuser la vision de Stendhal sur les femmes qui semble plus réaliste que celle de ses contemporains
Sensibiliser sur les impacts du cycle menstruel sur la bonne condition physique des femmes
S'atteler a améliorer la situation financière des femmes, garante de leur indépendance, s'intéresser aux organisations syndicales et à leurs actions concrètes sur le sujet
Comprendre les mécanismes qui empêche le développement financier des femmes pour mieux les dépasser



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