LES CYGNES SAUVAGES de JUNG CHANG
- mademoisellesennuie
- 18 août 2024
- 6 min de lecture
3 femmes, 3 générations, 3 histoires, 3 visions de la Chine : des parcours de femmes en Chine de 1909 à 1978.

Pourquoi ce livre :
Parce que les biographies j'adore, alors quand il y a en a 3 en une c'est encore plus prometteur. D'autant plus que l'autrice n'est autre que Jung CHANG a qui ont doit "Cixi, l'impératrice qui a fait entrer la Chine dans la modernité", tout premier livre lu par le club de lecture ; livre qui avait fait l'unanimité auprès des lectrices.
Le pitch :
3 parcours de femmes chinoises qui nous plongent dans les mœurs du pays, sa géographie, son histoire. C'est passionnant et très riche, on découvre des femmes courageuses, rebelles, engagées, et en filigrane le paysage politique de la chine féodale vers le nouveau régime. Les 3 femmes sont révolutionnaires à leur manière.
La grand mère en osant se marier après avoir été la concubine d'un autre, qu'elle a fui et privé de sa fille;
la mère en s'engageant dans des actions révolutionnaires communistes;
la fille en figurant parmi les premiers étudiants à partir à l'étranger.
Les difficultés surmontées par les membres de cette famille, l'adversité sous la forme du jugement de la société, des trajets à pieds périlleux, des attaques armées, de la famine, des humiliations et brutalités des étudiants de l'armée rouge durant la "Révolution Culturelle", des supplices de la prison, de la cruauté d'un système politique qui se retourne contre ses promoteurs les plus dévoués, nous forcent à reconsidérer notre vision de la société contemporaine.
A retenir :
Réaliser que les a priori et dictons sexistes existaient aussi en Chine.
Il n'aborda pour ainsi dire aucune question sérieuse avec elle, fidèle au diction traditionnel chinois qui veut que "les femmes aient les cheveux longs et une intelligence courte".
Eduquer à la sexualité était une pratique en Chine mandchoue, toujours en cours au début des années 1900. Au travers de rituels musicaux une libération de la parole des femmes mariées permettait d'aborder les sujets intimes pour initier les femmes non expérimentées.
De temps en temps pour leur plaisir, ses amies et elle montaient un spectacle mandchoue traditionnel , chantant et dansant en s'accompagnant au tambourin. Elles jouaient sur des rythmes répétitifs très simples et inventaient les paroles au fur et à mesure. La tradition voulait que les femmes mariées fasse état de leur vie sexuelle en musique, tandis que les vierges leur posaient des questions sur le sexe. Le plus souvent illettrées, les jeunes filles profitaient de ces occasions joyeuses pour apprendre les réalités de la vie.
Imposer le bandage des pieds aux femmes chinoises sous couvert d'esthétisme, les privait de leur mobilité et donc autonomie. La pratique est douloureuse car elle entraine déformation et fractures, douleurs et déséquilibres à chaque déplacement.
Reconnaître que le communisme a introduit plus d'égalité et de liberté dans les rapports homme -femme en Chine (notamment dans le monde du travail)
Marcher dans des conditions difficiles sous le poids de lourdes charges, sous la menaces d'attaques armées, y compris pour des femmes enceintes était une obligation morale et sociétale. Un mari avec une bonne position pouvait faire le trajet en voiture mais par principe de non favoritisme ne faisait pas partager cette facilité à sa propre femme, même enceinte, il profitait seul de ce privilège.
"Si c'est le paradis qu'est ce que l'enfer ?"
Réaliser les biais associés à notre éducation, en Chine l'autrice petite fille, se faisait réprimander si elle rechignait à manger certains aliments par les propos suivant "pense aux pauvres enfants des pays capitalistes qui n'ont même pas de quoi manger". Notre vision des pays étranger est subjective et mérite d'être confrontée à la réalité historique et culturelle lorsque nous y avons accès.
Rallier des opposants par magnanimité est une stratégie efficace sur le long terme
La morale de cette histoire : pour soumettre un peule à sa loi, ce sont leur cœur et leur esprit qu'il faut conquérir, une stratégie à laquelle souscrivait Mao et les communistes. Je songeai au passage que c'était la raison pour laquelle on nous imposait cette "réforme de la pensée", afin que nous obéissions aux ordres de notre plein gré. Voilà pourquoi on nous montrait les paysans en exemple : n'étaient ils pas les sujets les plus soumis et les plus aveugles qui fussent ? En y repensant aujourd'hui, je me rends compte que la variante notée par Charles Colson, le conseiller de Nixon, en disait long aussi sur les intentions de son propre gouvernement : "Une fois qu'on ls tient par les c..., leur cœur et leur esprit suivent".
Envoyer les filles à l'école était vu par les paysans comme parfaitement inutile car une fois mariées elles seront redevables à leur belle famille et non à leurs parents. La soumission de la jeune mariée chinoise ne se limitait pas à l'autorité de son mari mais aussi à toute sa belle famille et en particulier sa belle-mère.
"Elles se marient et appartiennent dès lors à d'autres gens. Cela revient à arroser là où il n'y a pas de semis."
Supprimer la méritocratie sous couvert d'égalité ou d'équité peut conduire à un désengagement.
Dans la mesure où il n'y avait guère de variation d'un individu à l'autre dans la distribution, par catégories, des points quotidiens, le score final de chacun dépendait principalement du nombre de jours de travail,, plutôt que de la façon dont chacun accomplissait sa tâche quotidienne. C'était là une source perpétuelle de ressentiment entre villageois, sans parler de l'effet très néfaste que cela ne manquait pas d'avoir sur le rendement. Chaque jour, les paysans passaient leur temps à regarder les autres travailler pour être sûrs qu'ils ne se faisaient pas flouer. Personne ne se donnait vraiment de peine, puisque, de toute façon, tout le monde avait droit au même nombre de points. Les femmes en voulaient aux hommes, qui exécutaient parfois exactement la même besogne qu'elles, alors qu'ils gagnaient deux points de plus.
Promouvoir le présentéisme peut être contre productif.
Nous passions souvent jusqu'à dix heures dans les champs à accomplir ce qui aurait pu se faire en cinq heures. Il fallait pourtant rester là-bas tout ce temps là, sinon la journée ne comptait pas. Nous travaillons par conséquent au ralenti.
Renier un ancien système pour promouvoir un nouveau système (révolution culturelle) passe souvent par la contradiction généralisée même vis à vis des mesures ou principes qui ont du sens.
A l'occasion de cette parade, un nouveau slogan fit son apparition : "Une femme habile est capable de préparer un repas sans nourriture", inversion d'un ancien proverbe chinois fort pragmatique : " Si habile qu'elle soit, une femme ne peut préparer un repas sans nourriture".
Soutenir une cause avec beaucoup d'engagement rend difficile l'appréciation objective des conséquences parfois négatives du projet en question, surtout lorsque celles ci n'avaient pas été envisagées.
Le grand Bond en avant et cette effroyable famine ébranlèrent gravement mes parents. Même s'ils avaient du mal à appréhender la situation dans son ensemble, ils savaient que l'on ne pouvait pas tout mettre sur le compte de "catastrophes naturelles". Ils se sentaient surtout affreusement coupables. Engagés l'un et l'autre dans le système de propagande, ils œuvraient au cœur même de la machine de désinformation.
Surveiller son langage corporel même le plus anodin est une obligation pour les femmes en Chine encore dans les années 1970.
La société chinoise attendait toujours de la gent féminine qu'elle se comporte avec réserve, en baissant les yeux face aux regard des hommes et en limitant ses sourires à un imperceptible mouvement des lèvres, sans révéler les dents. Elles n'étaient pas supposées faire le moindre geste avec les mains. Toute infraction à ce code rigoureux passait pour une manœuvre de séduction. Sous le règne de Mao, de telles coquetteries vis-à-vis d'un étranger constituaient un délit inqualifiable.
Détruire ou interdire les livres, s'en prendre aux intellectuels et aux enseignants , contrôler les médias sont les premières mesures d'un régime qui cherche à soumettre un peuple
Le 26 juin, il fit une remarque appelée à devenir une directive essentielle en matière de santé et d'éducation :"Plus on lit de livres, plus on devient bête."
Application pratique :
Trouver un équilibre entre l'application stricte de principes éthiques et humanité envers la famille, soutien des proches.
Lire "Les Voyages de Gulliver" de Jonathan Swift.
Lire "On les disait les meilleurs et les plus intelligents" de David Halberstam.
Lire "Six crises" de Nixon.
Faire des recherches sur Zhou Enlai, et Deng Xiaoping qui auraient réussit à maintenir une situation économique viable en Chine sous Mao (redressement après l'économie dédiée à l'acier, et la famine).
Faire des recherches sur les auteurs chinois avant l'ère Mao.



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